Mon défi est d'exprimer la dimension du temps et de peindre le lien mystérieux qui unit le visible à l'invisible, le fini à l'infini. C’est aussi la limite entre l’équilibre et la chute, le vertige entre vie et mort.
Pour y parvenir, je puise l'énergie dans mes racines, mais elle ne peut s'épanouir qu'au contact d'autres cultures. C'est ce qui fait du voyage, à la rencontre de populations autochtones, l'un des fondements de ma démarche. Il nourrit la relation intime et profondément spirituelle que j'entretiens avec les éléments. Et chaque peinture est en elle-même un voyage, intérieur celui-ci, auquel je ne peux me soustraire.
Cette aventure mystérieuse commence par la contemplation, puis, dans le silence de l’atelier,sur le désert de la toile, un symbole, une trace, s’impose dans une sorte d’automatisme.
L’incertitude du premier pas est oubliée grâce à l’apport d’une matière dense où je peux laisser une empreinte, comme pour me rassurer, être certaine de ne pas me perdre.
Puis c’est la marche, grave, ou légère et dansante, colorée par des musiques intérieures. Je joue avec les méandres déjà tracés osant un geste sûr et déterminé, mais il arrive parfois qu’un désespoir destructeur s’empare du geste et vienne frapper et éclabousser la toile - et, après mille douleurs et mises en danger je dois accepter de perdre le pari de l’équilibre.
C’est alors seulement que peut surgir, après les étapes de fines couches colorées que viennent encore perturber quelques égratignures, la lumière sortie du fond, qui donne son sens à la trace initiale et qui peut s’enrichir de quelques lignes de vie rythmées. La peinture n’est terminée que par l’offrande faite à la source créatrice, à travers le regard de quelque autre voyageur qui aura l’audace de venir trouver en ce miroir un peu de son histoire personnelle et l’ébauche d’une liberté dégagée de la contrainte de la modernité.
Autodidacte, ma peinture a toutefois été enrichie par la rencontre amicale dans les années 70 du peintre savoyard Bruno Périno, puis dans les années 2000 de Pierre Henry (peintre parisien du célèbre groupe « les peintres témoins de leur temps » ) et Philippe Lejeune, créateur de l’école d’Etampes. La découverte, plus récente, de Zao Wou-Ki fut une révélation, ainsi que celle, en 2006 du peintre chilien David Heredia. De chacun d’eux, je tire une même leçon : l’art de capter la lumière.